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28 novembre 2015

Aperçus sur la peinture murale médiévale en Normandie et sur la question de ses relations avec l’Angleterre


Conférence par Vincent Juhel

Hôtel des Sociétés savantes, Rouen, 190 rue Beauvoisine, salle Gadeau de Kerville (1er étage), 15 heures.

Le domaine de la peinture murale médiévale en Normandie reste encore largement méconnu ; quant à ses relations avec l’Angleterre, elles sont encore à définir et à préciser. Ce phénomène est dû au petit nombre d’ensembles recensés à ce jour et en particulier à la rareté des peintures murales romanes subsistantes, dans l’architecture religieuse et plus encore dans l’architecture civile. Contrairement à d’autres régions la prospérité économique normande a incité à remplacer ces peintures anciennes par d’autres types de décors, voire à les faire disparaître.

Émergeant de ce corpus très lacunaire, la chapelle Saint-Julien du Petit-Quevilly fait figure d’exception. Il faut en effet dépasser l’attrait et l’importance – reconnue depuis le XIXe siècle – de ce merveilleux ensemble, pour constater que cette œuvre  datable entre 1160 et 1170, est absolument atypique dans la province et qu’elle ne saurait  représenter la peinture murale du XIIe siècle en Normandie, puisqu’elle relève directement de l’art anglais. La qualité de la facture et des matériaux employés (lapis-lazuli en particulier). Les décors de feuillages et de rinceaux sont comparables aux motifs qu’on voit dans la Bible de Winchester et dans le domaine royal.

Au-delà de cette évidence, et à la lumière de découvertes et de recherches menées ces dernières années, on peut dresser un inventaire des œuvres conservées ou non, généralement fragmentaires, de nature et de localisation très diverses. Les peintures existantes sont à 97% postérieures à 1204, celles du XVIe siècle représentent 27%. 

 Les XIe et XIIe siècles offrent des vestiges à Jumièges, Norrey-en-Auge, Saint-Jean-le Thomas, Falaise, Cerisy-la-Forêt, Domfront, Cerisé, Périers, mais aussi à Manéglise... Des parallèles avec des équivalents anglais peuvent parfois être relevés, concernant la thématique ou l’ornementation, comme à Clayton, Kensley, Westminster Abbey, par exemple. On constate également que le goût pour le faux appareil-peint se retrouve de part et d’autre de la Manche, associé à des décors soulignant l’architecture ou représentant des vies de saints. Ces relations picturales avant et après 1204, traduisent une continuité d’inspiration et un lien durable entre le duché de Normandie et le royaume d’Angleterre, sans oublier les œuvres anglo-normandes.





Posté Le 25 oct. 2015