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29 avril 2017

La chapelle Saint Julien à Petit-Quevilly


Au Moyen Age, la forêt du Rouvray recouvre les anciennes terrasses de la Seine jusqu’aux abords de la ville de Rouen ; dès l’aube du XIe siècle elle est le territoire de chasse des ducs de Normandie. Au milieu du XIIe siècle, Henri II Plantagenêt fait construire à Quevilly un manoir dans lequel il réside avec son épouse lors de ses parties de chasse. Aux alentours de cette demeure, il fait construire une chapelle privée placée sous le vocable de Notre-Dame.

C’est un édifice en pierre calcaire venant des carrières de Caumont (27), composé d’une nef simple et d’un chœur de longueurs quasi égales. Il y avait sans doute un clocher en arcade, avec clochettes, surmontant le mur central unissant les deux corps du bâtiment. L’ensemble est un mélange de style roman et gothique inspiré de l’architecture anglo-normande. Les murs et les plafonds sont ornés de belles peintures des XIIe et XIIIe siècles, illustrant des épisodes de la vie du Christ auxquels s’ajoutent des motifs végétaux et géométriques.

Les vitraux d’origine ont été ruinés au cours des âges, disparaissant totalement en 1793, avec la transformation du monument en bâtiment agricole.

En 1183, Henri II fait don de son manoir à une communauté religieuse qui en fait une maladrerie pour jeunes filles. Selon l’abbé Tougard (1879), il faut que ces dernières soient d’origine noble et deviennent religieuses. À partir de ce moment, la chapelle est dédiée à Saint Julien l’Hospitalier.

Julien l’Hospitalier est un personnage légendaire dont l’existence est incertaine. Son histoire a été popularisée au XIIIe siècle par Jacques de Voragine dans sa Légende dorée. Jusque vers la fin du XIXe siècle, il y eut un pèlerinage à la chapelle où l’on venait prier Saint julien pour obtenir la guérison des plaies de jambe. Selon Flaubert, Julien était expert en matière de plaies…

Voyons maintenant, en quelques dates, comment ce monument, le seul de cette époque entièrement conservé en Normandie Orientale, est parvenu jusqu’à nous.

1366 : avec le recul de la peste, la maladrerie cesse ses activités et le manoir devient un prieuré rattaché aux biens de l’hôtel Dieu de Rouen, accueillant encore, parfois, quelques lépreux.

1600 : l’ensemble du domaine est légué aux Bénédictins de l’abbaye Sainte-Catherine-du-Mont.

1667 : des Chartreux de Gaillon viennent occuper les lieux.

1682 : des moines de la Chartreuse Notre-Dame de La Rose de Rouen rejoignent ceux venus de Gaillon en 1667.

1791 : la chapelle est vendue en bien national.

1822 : un particulier, Guillaume Lecointe, rachète une partie du domaine, dont la chapelle, et il crée, en 1843, une colonie pénitentiaire dans les bâtiments du manoir. En outre, il rend l’édifice désaffecté au culte.

1865 : le ministère de l’Intérieur fait fermer le pénitencier.

1867 : Lecointe fait don de la chapelle Saint-Julien à la commune de Petit-Quevilly. Un hôpital est créé sur l’emprise du domaine et la chapelle est de nouveau ouverte au culte ; elle le reste jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle.

Classée Monument historique en 1869, cette magnifique bâtisse est aménagée en espace culturel à partir de 1984. Le bâtiment ayant subi les outrages du temps et des hommes, des campagnes de restauration, tant des maçonneries que des peintures et des vitraux, ont été menées du milieu du XIXe siècle aux premières années du XXe.

Présentation de la chapelle (toutes les photos sont de V. Decombe).

 






Peintures de la voute du chœur : fuite en Egypte et baptême du Christ

 

Posté Le 17 déc. 2016