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samedi 19 octobre 2019

Journée d’étude du CRAHN-SNEP sur le thème des fortifications


 

Liste des communications :

 Marie-Hélène DESJARDINS, Conservatrice-en-Chef du Musée des Pêcheries.

Du camp du Canada au Mur de l’Atlantique, historiographie sommaire des fortifications de Fécamp.

Fécamp n’est pas connu pour ses fortifications. Pourtant, des celtes de l’âge du fer jusqu'aux soldats de l’opération Todt du troisième Reich, sans omettre les fortifications édifiées par les ducs de Normandie, Fécamp a connu plusieurs épisodes historiques qui ont conduit les habitants à construire des fortifications.

À titre d’introduction de la Journée d’Études, nous dresserons un aperçu de ces différentes fortifications, en évoquant les recherches qui permettent d’en approcher la connaissance.

 

Jacques LE MAHO, CNRS

Les châteaux de terre et de bois en pays de Caux au temps des ducs. Retour sur les fouilles de Mirville et de Notre-Dame-de-Gravenchon

Menées entre 1979 et 1987, les fouilles de la motte de Mirville et de l’enceinte de Notre-Dame-de-Gravenchon ont livré les vestiges de deux habitats seigneuriaux du XIe siècle, formés chacun d’un rempart de terre érigé autour d’un ensemble de bâtiments de bois sur poteaux plantés. Le propos de cette communication est de dresser le bilan de l’apport de ces fouilles à la connaissance de l’architecture castrale au temps des ducs, mais aussi de faire le point sur les nouvelles interprétations que, à partir des éléments recueillis de part et d’autre sur le terrain, les progrès de la recherche n’ont pas manqué d’amener au fil des années.

 

Thomas GUÉRIN, Archéologue, Administrateur du CRAHN.

Développement et évolution du château à motte en Normandie orientale (XIe-XIIe siècles)

Dans le cadre de recherches sur les fortifications castrales d’agglomérations, le cas du château à motte en Normandie orientale est ici abordé sous un angle comparatif. Le recours à des relevés topographiques et cartographiques permet d’esquisser un panorama morphologique et chronotypologique qui met en évidence le développement et l’évolution du château à motte en Normandie orientale, mais aussi le rôle clef des agglomérations dans cette diffusion. Depuis les châteaux « à grands tertres », modèles précurseurs, jusqu’au château à motte « classique », émergeant lors de la Conquête de l’Angleterre par Guillaume, les études de terrain associées à des données historiques autorisent l’élaboration d’une chronotypologie dont les jalons ouvrent des perspectives intéressantes en termes de datations. Le château à motte « classique », type castral assez stable, s’impose comme un stéréotype dont la diffusion s’étend rapidement au point d’entraîner la modification de vieux châteaux en vue de leur adaptation à ce modèle de référence. Parallèlement, il entraîne l’apparition de nouveaux châteaux, à la morphologie plus encline à l’adaptation ou à la déformation. Pratiquement abandonné à la toute fin du XIIe siècle, le château à motte connaît parfois des évolutions massives qui compliquent sa lecture.

 

Lionel GAUDEFROY, vice-président de la Société d'Histoire du Pays de Bray Normand et Picard

Guillaume de Varenne et le château médiéval de Bellencombre, vieux tronçon de la France chevaleresque

L'Association de Sauvegarde du Château de Bellencombre (A.S.C.B.) a été créée en février 2017 par quelques passionnés de patrimoine dans le but de mettre en valeur les ruines de cette place forte du XIe siècle, ayant appartenu à Guillaume de Varenne (William de Warren en anglais - v.1040 - 1088) qui suivit Guillaume le bâtard en 1066 lors de la conquête de l'Angleterre. Ce dernier devenu le Conquérant, duc de Normandie et roi d'Angleterre après la bataille d'Hastings, le gratifia de nombreux domaines (manors en anglais) outre Manche où il construisit d'imposants châteaux notamment à Lewes (Sussex), Castle Acre (Norfolk) et Conisbrough (Yorkshire). Le château de Bellencombre surveillait la haute vallée de la Varenne, Le plan est typique des châteaux normands des XI-XIIe siècles, à savoir une enceinte fortifiée ovoïde - ou basse-cour - entourée de profonds fossés, couronnée par un tertre - ou motte - supportant une haute-cour avec donjon dominant l'ensemble du village et de la vallée.

 

Anne-Marie FLAMBARD-HÉRICHER, professeure émérite d’archéologie médiévale à l’Université de Rouen :

Nouvelles réflexions sur le château de Vatteville-la rue

Situé entre la forêt de Brotonne et la Seine, le château de Vatteville-la-Rue, constitué d’un shell keep sur motte flanqué d’une basse cour, correspond à la reconstruction, réalisée par Galeran II de Meulan vers le milieu du XIIe siècle, d’un château primitif, démantelé après un épisode de rébellion, dont seul un soubassement en arête de poisson subsiste.

            L’enquête archéologique et historique a permis de mettre en évidence l’organisation des bâtiments de la basse cour et leur évolution du cours du Moyen Âge, quand le château avoisinait la Seine et contrôlait un port important.

            La communication fera le point sur les acquis actuels concernant ce château.

 

Dominique LÉOST, Archiviste et Trésorier-adjoint du CRAHN

Se loger ou se défendre au château de Rouen à la fin du Moyen-Age : deux fonctions complémentaires ou concurrentes ?

Le château de Rouen (1204-1591) est loin d’avoir révélé tous ses secrets plus de quatre siècles après sa disparition. Une lecture attentive des textes connus ou récemment découverts mais aussi la comparaison toujours utile avec des édifices contemporains nous amènent à rouvrir le dossier. À la vue de ces différents éléments, force est de constater que des anomalies apparaissent dans le plan schématique des espaces restitués par le commandant Quenedey dans les années 30 et unanimement repris depuis. Il convient donc de remettre tout à plat et de formuler de nouvelles hypothèses ouvertes au débat quant à la répartition des fonctions résidentielle et défensive à l’intérieur du château à la fin du Moyen Âge.

Sans remettre en cause la valeur en son temps du travail de ce précurseur, on ne peut que relever un problème de méthode. Quenedey utilise tous les documents disponibles du XIVe au XVIe siècle, pour reconstituer un état du château en 1431. Ainsi il est communément admis comme un fait établi que la grande salle se situe à l’est de la porte vers la ville P1 après la chapelle entre les tours T4 et T3. Pourtant un document contredit totalement cette disposition. La quittance de 1464 que nous avons présenté précédemment précise : « la goutièrre de la grant salle prèz du mur en alant de ladite porte vers saint Patrix contenant cent piez ou environ ». Ces trente mètres correspondent approximativement à la longueur de la courtine entre deux tours. Ce qui place donc la grande salle à l’ouest de la porte P1 entre T6 et T7.

 

Thierry VINCENT, Attaché de conservation, Archives municipales du Havre.

Forces et faiblesses des fortifications du Havre Françoise de Grâce, lors de la « Réduction » de la ville, par les troupes de Charles IX, durant l’été 1563.

A la suite de la prise du Havre Françoise de Grâce par des insurgés huguenots Havrais et Cauchois qui, à la fin du printemps 1562, jettent hors les murs les Catholiques, la ville, avec la signature du traité d’Hampton Court, est placée sous l’autorité de la reine d’Angleterre. Celle-ci envoie, dès octobre, de forts contingents de militaires. A leur tête, le comte de Warwick fait aussitôt renforcer les fortifications existantes et ordonne la construction de nouvelles tours défensives. La volonté du roi Charles IX se manifeste par l’implantation de son camp, en mai 1563. Armées suisses, allemandes et françaises se préparent au siège contre les Anglais réfugiés derrière les murs. L’assaut final se fait le 27e jour de juillet 1563, avec la destruction d’une partie de la tour François 1er. Le sort de la ville vient de basculer qui peut réintégrer le royaume de France. Un plan d’un ingénieur italien, Ercole Negro di Sanfront, illustre, étape par étape, la « Réduction » du Havre, par les armées du roi de France. Ce document, inconnu des historiens normands, est jusqu’à présent la seule représentation qui montre, en point d’orgue, la destruction de la tour François 1er. A l’aune des récits de cet épisode guerrier, la lecture de ce plan pointe l’évolution des fortifications du Havre, montrant ses forces, mais aussi ses faiblesses.

 

Virginie SAMPIC, Directrice des Affaires culturelles de Fécamp

Préservation (et valorisation) des remparts médiévaux de Fécamp

Héritage de la présence des ducs de Normandie à Fécamp, l’enceinte fortifiée se dresse encore aujourd’hui dans le centre historique. L’acquisition par la Ville de Fécamp en 2012 d’une grande parcelle, située rue d’Estouteville, conservant d’importants vestiges, donne l’opportunité de (re)découvrir ce patrimoine médiéval. En effet, rendus invisibles par la présence d’un haut mur, ils étaient tombés dans l’indifférence, voire l’oubli. Or, les remparts de Fécamp sont remarquables à double titre : leur ancienneté (fin XIe – XIIe siècles) et leur singularité puisqu’ils protégeaient à la fois la résidence ducale et l’abbaye de la Sainte-Trinité, et donc le centre temporel et spirituel.

Afin de reconnaître leur grand intérêt architectural et historique, une démarche de protection au titre des Monuments historiques a été lancée en 2019 (seuls les remparts rue de la Fontaine sont classés MH à ce jour), complétée par un projet de circuit dit numérique inscrit dans le contrat de territoire. L’objectif est de valoriser le centre historique en cohérence avec le dispositif Cœur de Ville et le Cluster Normandie médiévale piloté par la Région Normandie.

Des fouilles archéologiques programmées dans les années 1970 au projet numérique, des ateliers du patrimoine organisés Tour de la Maîtrise à l’aménagement d’un jardin d’inspiration médiévale, l’occasion est donnée de faire une rétrospective des actions municipales menées pour redonner sens aux anciennes murailles dans notre société contemporaine.

 

Pierre ICKOWICZ, Conservateur-en-Chef du Château-musée de Dieppe.

L’artillerie du château de Dieppe.

 

Éric PÉTEL, Président du CRAHN

Graffiti de l’église Saint Jacques de Dieppe : figuration d’un parc d’artillerie et de fortifications

Les graffiti de l’église Saint Jacques de Dieppe sont connus depuis les années cinquante grâce aux travaux d’Henri CAHINGT (1904-1996). Le relevé des graffiti de la tour-clocher de cette église, réalisé en collaboration avec Gérard Broglio,  a permis de mettre en évidence des scènes narratives en relation avec le passé militaire de la cité. Ces gravures semblent dans leur majorité pouvoir être datées de la première moitié du XVIIe siècle. On y voit le quotidien des soldats de cette époque. Toute une vie de siège et de combats a été représentée. Parmi ces graffiti, figurent plusieurs plans de fortifications et une scène représentant un parc d’artillerie regroupant plusieurs canons, les instruments utilisés par les artilleurs (écouvillons, refouloir, tire-bourre, barils de poudre…) et les servants des pièces. Un très rare graffiti présente un canon vu en coupe.

 

Manuel MARTIN, Chef du Service des Archives de Fécamp.

Le mur de l’Atlantique à Fécamp

La stratégie de « mur » remonte à l’Antiquité en matière militaire. Lors de la 2nd guerre mondiale, elle renaît par les nazis sous une forme inédite : en béton armé, sous forme d’ouvrages fortifiés standardisés, des Pays-Bas à l’Espagne. C’est le « Mur de l’Atlantique », objet également de propagande que le réalisateur Jérôme Prieur nomme à juste titre dans son documentaire « Monument de la collaboration ». Présenté comme un mur impossible à franchir par les Alliés, celui-ci tombera en quelques heures le 6 juin 1944…

Point d’appui entre les forteresses du Havre et de Dieppe, Fécamp se voit doter d’un important dispositif de bunkers dès 1942 à usage multiple : quartier général, artillerie, station radar… Il s’agira moins d’aborder l’aspect militaire que d’appréhender les sources historiques qui permettent de d’étudier à l’échelle locale les conséquences inattendues de cette édification. Ce dispositif militaire construit en zone côtière interdite est top secret. Cependant, lorsqu’un ouvrier se blesse sur un chantier, il est systématiquement déclaré en mairie. L’analyse de ses archives met en évidence la dimension réelle de ce Mur, celle de la collaboration du régime de Vichy.

Aujourd’hui, ces ouvrages militaires font partie du patrimoine du XXe siècle.

 

Jean-Pierre Watté, Archéologue honoraire du Muséum du Havre, Secrétaire du CRAHN.

Des sites antiques fortifiés de hauteur au Havre ?

Entre Rouen et Le Havre, la vallée de la Seine est ponctuée de « camps », délimités par de puissantes levées de terre précédées d’un large fossé, atteignant souvent plusieurs dizaines d’hectares. Ceux-ci apparaissent souvent par couple, au sommet des rives concaves des méandres de la Seine : Sandouville/Saint-Sanson-de-la-Rocque, Tancarville/Saint-Nicolas-de-la-Taille, Villequier/Caudebec-en-Caux, Saint-Pierre-de-Varangeville/Hénouville. À la pointe ouest du Pays de Caux, deux éperons, La Hève à Sainte-Adresse et Ingouville-Tourneville au Havre, à la jonction entre le fleuve et la mer, sont idéalement placés, mais aucun retranchement n’y avait été signalé. La prospection au niveau de la limite entre la ville de Sainte-Adresse et l’ancienne commune de Bléville rattachée aujourd’hui à celle du Havre montre l’existence d’une petite levée de terre : il pourrait s’agir là des vestiges d’une fortification antique. L’existence de sites fortifiés de hauteur à l’embouchure de la Seine trouverait là un argument archéologique de poids.

Posté Le 29 sept. 2019